Election municipale 2026 : la réponse de la liste Rennes Commune
- Protection du bâti ancien et des quartiers historiques. Au regard du bilan de la mandature précédente, quelles mesures votre liste entend-elle prendre pour renforcer ou réorienter la politique de protection du patrimoine bâti dans l’ensemble des quartiers rennais (éventuelle extension de l’ex-secteur sauvegardé par exemple) ?
- Patrimoine hors centre historique et architecture du XXe siècle. Votre programme prévoit-il une extension ou une révision des protections patrimoniales au-delà de l’hypercentre, notamment pour le bâti des anciens faubourgs et l’architecture du XXe siècle ? Depuis la mandature du maire historien Henri Fréville, la majorité socialiste à la tête de la Ville de Rennes entretient un rapport ambivalent à son patrimoine, marqué de revirements dus tantôt à l’esprit du temps, tantôt à la personnalité des édiles. Face à ces revirements, le périmètre du secteur sauvegardé mis en place en 1985 (il y a plus de 40 ans donc !) ne protège qu’une partie trop restreinte du territoire rennais comme l’ont montré plusieurs cas de démolitions regrettables hors de cette zone, au premier rang desquelles figure celle de la Visitation en 2004. Mais au-delà des abords immédiats du site patrimonial remarquable, c’est tout un tissu urbain qui se trouve bouleversé et appauvri par les démolitions pratiquées à des fins de densification urbaine : disparition du bâti faubourien le long de la rue de l’Alma au sud du pont après 2010, plus récemment curetage intensif au sein de l’îlot bordé par la rue Descartes au sud et le boulevard de la Liberté au nord, enfin démolition spectaculaire d’un immeuble XIXe à l’angle du quai Zola et de la rue du Capitaine Dreyfus, à 100 m du Musée des Beaux-Arts, au profit d’un projet alliant façadisme assumé et qualité architecturale médiocre. La question est partant : quel patrimoine voulons-nous protéger et transmettre à Rennes ? Uniquement le patrimoine ancien et « ultra-légitime » – ce qui, hélas, n’est guère acquis, comme le montre le cas de la chapelle Saint-Yves), concentré dans l’hyper-centre ? Ou bien voulons-nous mettre à jour cette vision dépassée du patrimoine et valoriser l’ensemble des patrimoines témoignant de l’évolution de la ville jusqu’à nos jours ; aller au-delà d’une chronologie qui se limiterait à l’ancien Régime et au-delà d’une vision touristique concentrant l’attention sur trois ou quatre monuments emblématiques ? Rennes Commune se positionne en faveur d’une extension du périmètre du site patrimonial remarquable, afin de reconnaître et de protéger d’autres formes de patrimoine (faubourien, reconstruction, etc.) mais aussi parce que c’est le meilleur outil de protection du patrimoine bâti, plus clair et plus visible/lisible pour les habitants que les zones de protection des Monuments historiques mais aussi plus fin et plus protecteur que le PLU. Le PLU reste néanmoins un dispositif complémentaire de la politique de l’État, et le principal levier territorial pour développer une politique patrimoniale à l’échelle de l’ensemble de la ville ainsi que dans les quartiers non concernés par le SPR – le riche inventaire des bâtiments intéressants en annexe devant constituer par ailleurs une base réellement prise en compte par les décideurs et dans l’instruction des permis de construire/démolir et déclarations préalables. Pour ce qui concerne enfin le patrimoine du XXe siècle, il est nécessaire d’en reconnaître l’importance dans la mesure où il constitue une part manifeste de l’identité architecturale 2 rennaise. Afin de mieux contribuer à sa protection et sa valorisation, les services de la Ville doivent soutenir et pousser la politique de labellisation « Architecture contemporaine remarquable » (ACR), en s’associant pleinement à cette démarche et en jouant un rôle de coordination entre les différents acteurs concernés (DRAC, ENSAB, Service de l’Inventaire du patrimoine de la Région Bretagne, associations de défense du patrimoine comme l’Association de Quartier du Bourg Lévêque, etc.).
- Transparence, concertation et décisions d’urbanisme. Quelles garanties de transparence, de consultation citoyenne ou de contrôle proposez-vous pour les décisions d’urbanisme touchant au patrimoine ? Outre le respect de la loi et code de l’urbanisme et du patrimoine en matière de concertation citoyenne à chaque étape des projets d’urbanisme, nous insistons sur la nécessité de s’appuyer davantage sur la société civile pour penser la place du patrimoine dans tout projet d’urbanisme. Afin de mieux informer les habitants et de mettre les décisions d’urbanisme importantes au centre du débat public, nous proposons la mise en place d’une commission de consultation sur le modèle de la Commission du Vieux Paris, réunissant des élus, des représentants d’association et des experts ou personnalités qualifiées. La Commission du Vieux Paris est un organisme municipal, dont le secrétariat permanent est assuré par le Département d’histoire de l’art et d’Archéologie de la Ville de Paris. Elle se réunit une fois par mois, pour instruire des demandes d’urbanisme (permis de construire, de démolir et déclarations préalables) susceptibles de revêtir un enjeu patrimonial, et formuler des avis historiques consultatifs mais dont la légitimité d’une part et la publicisation de l’autre, pèsent régulièrement dans l’arbitrage final. Ce type de commission constitue un contre-pouvoir essentiel à la prise en compte du patrimoine historique dans tout projet urbain, afin d’en garantir la préservation. Il est étonnant que la Ville de Rennes, qui se prétend être une ville historique majeure, ne possède à ce jour aucun service ni même aucun poste spécifiquement missionné sur la conservation du patrimoine et la veille des projets urbains. Avant la mise en place d’une commission telle que celle que nous avons décrite, intégrer ce type de compétence transversale dans la collectivité serait déjà un premier pas.
- Rénovation, transition écologique. Comment votre liste envisage-t-elle de faciliter la transition écologique sans dégrader le patrimoine bâti existant – constructions à murs en terre par exemple – et d’amplifier les moyens consacrés à la réhabilitation patrimoniale en lien avec les objectifs climatiques et énergétiques ? Il est bien établi aujourd’hui que conservation du patrimoine et performances énergétiques sont non seulement compatibles mais souvent même complémentaires. Il existe par exemples différentes solutions pour isoler correctement un bâtiment présentant des qualités de façade (sans pratiquer d’ITE malheureuse). Différents axes doivent être travaillé : en amont des projets, sensibiliser les services instructeurs aux spécificités des patrimoines bâtis anciens et aux solutions qui leur sont adaptées, encourager les porteurs de projet à consulter les services et associations compétents avant de se lancer (DRAC, CAUE, Tiez Breiz). La Ville est aussi en mesure d’encourager le développement des filières bio-sourcées (constructions en terre, bois, paille) par le soutien aux formations mises en place pour les professionnels, par 3 la participation à des chantiers-écoles avec des associations ou des établissements d’enseignement supérieur (ENSAB, Rennes 2/master REPAT). Par sa nature même, le patrimoine bâti ancien est souvent plus durable. Sa restauration, lorsqu’elle se fait dans le respect des règles de l’art, donne lieu à des projets plus qualitatifs dans leur conception comme en phase chantier. Ces caractéristiques et le haut niveau de savoirfaire qu’ils impliquent rejoignent les préoccupations environnementales actuelles portées notamment par les filières biosourcées : prendre le temps de penser des solutions pérennes et adaptées à chaque contexte.
- Patrimoine immatériel, paysager et mémoire des quartiers. Comment votre liste entend-elle reconnaître et valoriser le patrimoine immatériel, les paysages urbains et végétaux, la mémoire des quartiers ? En se fondant sur les droits culturels déclinés dans la déclaration de Fribourg de 2007, notre liste entend permettre aux habitants de définir eux-mêmes les patrimoines et matrimoines qu’ils souhaitent constituer et transmettre, en particulier ceux qui ont trait à leur environnement. Concrètement, cela pourra prendre la forme d’inventaires participatifs et de collectages en fonction des sujets identifiés par les contributrices et contributeurs. Nous nous appuierons sur les services municipaux qui œuvrent déjà dans ce sens, comme le Musée de Bretagne et les Archives municipales. Dans cet esprit, si ce projet trouve un écho favorable auprès de la population, nous envisageons la création d’un Centre culturel de l’immigration et des diasporas pour répondre à un vide dans la politique municipale concernant l’histoire rennaise de l’immigration et la place des quartiers populaires dans la culture locale. Un autre levier important à nos yeux dans la perspective d’élargir l’accès aux droits culturels est l’Éducation artistique et culturel, en premier lieu dans les écoles et sur les temps périscolaires qui sont du ressort municipal. Impliquer les enfants dans la connaissance et la définition de leur patrimoine de proximité est la garantie de faire émerger une nouvelle génération plus sensible à la préservation du patrimoine rennais.
- Patrimoine historique en péril. Face à la dégradation avérée de plusieurs édifices historiques rennais du XVIe, XVIIe – églises Saint-Melaine, Toussaints, Vieux SaintÉtienne -, et de monuments emblématiques du XVIIIe et après – hôtel de ville, hôtel d’Artillerie, palais Saint-Melaine, piscine Saint-Georges, halles Martenot, portes Mordelaises … –, quels sont les engagements et actions de votre programme pour assurer leur sauvegarde ? L’engagement de Rennes Commune est d’abord de ne jamais considérer ces édifices uniquement comme un poids économique pour la ville mais avant tout comme une richesse à entretenir et conserver au bénéfice des générations futures, et comme une ressource de premier plan pour le territoire et son attractivité. L’ensemble de ces bâtiments appartenant à la Ville de Rennes, il faudra trouver les moyens de parer au plus urgent en priorisant les édifices dont les désordres nécessitent d’être traités en premier lieu. Dans cette perspective, sanctuariser un budget « urgence patrimoine » est un préalable et un investissement nécessaire pour limiter les dépenses à venir car l’on sait que les travaux nécessaires non menés peuvent entraîner par la suite des coûts démultipliés. 4 Ensuite nous proposons l’établissement d’un plan pluri-annuel de restauration des édifices patrimoniaux appartenant à la Ville, afin d’avoir une vision et une gestion les plus globales possibles. Pour le financement de cette politique, nous envisageons en outre de développer une stratégie de mécénat et de partenariat éclairée, en s’appuyant sur un réseau d’entreprises locales et éthiques.
- La chapelle Saint-Yves. Comment voyez-vous l’avenir de la chapelle Saint-Yves ? Rennes Commune est la première force politique à avoir mis au cœur de la campagne électorale le sujet de la vente de la chapelle Saint-Yves. Nous avons à ce propos déjà exprimé notre opposition et notre inquiétude sur les réseaux sociaux et via un communiqué de presse, repris partiellement dans Ouest France. Notre position est la suivante : pourquoi vendre un bien de cette importance historique et de cette qualité architecturale exceptionnelle 25 ans après l’avoir entièrement restauré au bénéfice du plus grand nombre ? Comme votre association, nous doutons réellement de la capacité d’un privé à assumer les dépenses d’entretien et de restauration d’un édifice couvert par une voûte lambrissée culminant à 12 m de haut. En outre, un appel à manifestation d’intérêts ne garantit nullement dans la durée une affectation respectant l’intégrité patrimoniale du lieu. Il s’agit d’une vente et cette aliénation rend hélas possible à l’avenir une revente à un tiers sans condition particulière. Les vocations culturelles possibles pour ce lieu emblématique sont pourtant nombreuses, à commencer par celle de Centre d’Interprétation du Patrimoine et de l’Architecture qu’il a eue dans les années 2010. Dans la mesure où la création d’un CIAP est requise par la convention relative à la mise en place des Villes et Pays d’art et d’histoire, nous nous étonnons que Rennes ne possède pas actuellement de tel espace culturel de proximité permettant la présentation et la valorisation des différents patrimoines du territoire. Si nous entrons au Conseil municipal et si cela est alors encore possible, nous nous engageons à nous opposer fermement à la finalisation de cette vente.
Ce contenu a été publié dans
Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec
ce permalien.